Les Origines

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Message  Catsidhe le Mar 22 Déc - 18:41

La plupart des Univers ont bénéficié d'un créateur consciencieux et sophistiqué, le genre de bonhomme à souffler des myriades de grosses bulles de gaz en fusion à travers l'immensité glacée, à parsemer de planètes le firmament, à agencer méticuleusement les astres en galaxies puis à envoyer d'une pichenette les comètes annoncer des évènements funestes et les météorites folâtrer en quête de mondes à dévaster.
Les plus excentriques des créateurs s'ébaudissent de savants calculs astrophysiques, placent quelques planètes de telle façon qu'elles chauffent à température idéale, leur concocte une atmosphère propice, puis y créent la vie.

L'Univers du Disque-Monde, lui, a écopé d'un sagouin qui a salopé vite fait un monde plat comme une crêpe*, perché sur le dos de quatre éléphants, eux-mêmes juchés sur une tortue titanesque dérivant ou naviguant -difficile à en juger- à travers l'espace. Et parce la tectonique des plaques ce n'était pas son truc, il a fait lever contre toute vraisemblance dans le Moyeu, un bourrelet montagneux au centre du Disque, un immense pic de pierre et de glace de quinze kilomètres de hauteur : le Cori Celesti.

Les humains ont l'habitude de se raconter des histoires. Pensez donc, certains, en surprenant le plongeon visqueux d'une grenouille dans une tourbière ou en philosophant devant un troupeau de ruminants, se disent : « Hé, je suis sûr qu'une bestiole comme ça porte le monde sur son dos ». Et on fonde des mythologies là-dessus. Cependant, sur le Disque-Monde, la saturation de magie est telle que lorsqu'un certain nombre d'imbéciles se sont mis à croire que des dieux festoyaient au sommet du Cori Celesti, les dieux ont finit par exister, festoyer et mettre encore plus de bazar dans la vie des hommes.


* Mais une crêpe ratée, avec des cloques et des grumeaux pour donner un peu de relief


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Re: Les Origines

Message  Catsidhe le Mar 22 Déc - 19:09


Un bonhomme gras et rougeaud, coiffé de feuilles de vignes, tanguait en s'agrippant à une table de marbre qui n'aurait manifestement pas du se trouver ici. Certes, une table aussi baroque, ciselée avec un mauvais goût exemplaire par un ornemaniste fêlé de dorures, joyaux incrustés et sculptures grimaçantes, n'avait en soit rien de particulièrement déplacée à Dunmanifestine : la demeure des dieux n'était qu'un empilement brouillon de temples, pagodes, proseuques, pyramides et mastabas au sommet du Cori Celesti, de vastes échappées de colonnades, frises et frontons notoirement impossibles à isoler et moquetter convenablement.

Mais avoir posé cette fichue table en plein milieu d'une embrasure, c'était, même selon les conceptions tordues des décorateurs divins, une incongruité.

« - Hééééé, je... j'suis sûr qu'cette table (hips), elle était pas là d'taleur, bredouilla Biturin, dieu du vin et de l'ivresse.
- Miyards ! Bougeuz de d'la ! Bougreu de Vorieu ! Ni rwa ! Ni rinne ! Ni djeus ! Ni maets ! Fini de s'faire avwar ! » brailla la table en retour.

Le silence se fit quelques instants, le temps que Biturin tente de remonter à un niveau de conscience suffisant pour appréhender le charabia et qu'un conciliabule de chuchotements se tienne au niveau du dallage.

« -J'voleu dir qu'on est une tape. Une tape, c'est seur. On va fiche le camp. » reprit le meuble, en se décalant pour laisser le passage au dieu vacillant.
-Une... (hips)... vous êtes une... une table ?
-Oh win. Vos dwaveu aete capable de l'vwar vos maeme. Une tape.»

Cela se tenait. Biturin, en tant que dieu de l'ivresse, avait déjà vu bouger les murs et converser des portes-manteaux. Alors une table... C'est à peine s'il nota, alors qu'il se dirigeait vers la Grande Salle remplir à nouveau son verre à cocktail, que sur le plateau de ladite table, avait été ficelé un bric-à-brac miroitant de trésors hétéroclites que les fidèles des résidents de Dunmanifestine avaient façonnés durant les jours pluvieux : les mille monocles adamantins de Io L'Aveugle, le Saint Livret des antiennes paraboliques d'Offler...

« - Ils sont pwint fort, les djeus ! On aurait pu lui casser la goule ! protesta un pied de table, sitôt Biturin disparu.
- La kelda veut qu'on soit pwint remarqué ! J'veux pwint d'un pinchemaet de laeves et d'demandes d'aesplicassion au r'tour ! répliqua un autre pied, visiblement le chef.
- Si on peut pwint lutteu et pwint boare, qu'on se soveu, on va nous prendre pour des faebes ! geignit un nouveau pied.
- On a pwint toute la journae. Op les gars, vos repreneu une patte ! Op Op Op ! » décréta la voix de l'autorité

Le lourd meuble de marbre décolla légèrement et fila au pas de course à travers la Grande Salle, sous les yeux perplexes d'une poignée de dieux mineurs.

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Message  Catsidhe le Ven 25 Déc - 2:50

Deux oiseaux perchés sur la statue de Io chryséléphantine scrutaient un meuble massif qui dévalait, lesté d'un trésor qui aurait fait le bonheur des amateurs d'arts sacrés et des fondeurs d'or, les augustes marches du Grand Escalier de Dunmanifestine. Bien qu'il s'agisse du lieu le plus sacré de divers panthéons du Disque, d'une splendeur baroque à laisser coi d'admiration ou de pure horreur esthétique, la table s'entêtait à compromettre la solennité de l'endroit en jurant et pestant à tout crin.

« - Y'a un jaeyant tout doaré qui veut nous avwar sur l'chaemin ! Miyards, fonceuz lui daedans !
- Bougrae d'inochaet ! C'est eun estatue ! Tourneuz à droate ! Tout le monde à droate ! A dro !.. »

La statue de Io l'Aveugle frissonna à peine quand une table de marbre le percuta à vitesse de croisière. Les deux oiseaux, des pluvians sacrés d'Offler, regardèrent aux pieds de l'idole, se demandant si les convenances exigeaient qu'ils s'envolent ou si le calme soudain signifiait qu'ils pouvaient continuer à répandre du guano sur la divine idole*.

« - Miyaaargh ! »

Cette fois-ci, la crâne dorée de la statue avait résonné distinctement et le monument vibré jusqu'au socle. Les deux oiseaux avaient été aux premières loges pour distinguer un homuncule bleu d'une quinzaine de centimètres de haut, la barbe rousse hirsute et l'air mauvais, donner un coup de boule à la sculpture. Un coup de boule qui aurait pu assommer un cheval.

« - Bondlae, bondlae, il a la tchaete comme d'la pierre ! » gémit le petit homme en se frottant le crâne.
- C'est eun estatue, rin qu'eun estatue ! Pourqwa vos m'écoteu jamais ? La kelda a dit que j'eteu le chef, metteu vos cha dans la tchaete ! Ecoteuz quand j'dis quaeque chose ! lança furibond un autre, plus grand, qui avait coiffé, comme un casque, le crâne d'un rongeur.
- Fallait aetes seur que ce soit pwint un anmerdeu, répliqua le premier avec une pointe de regret. Un anmerdeu comme twa.
- Moyen-Yann, je vais vos flanqueu des calottes ! »

L'un des volatiles sautilla à terre vers le groupe qui avait transporté la table jusque là. Probablement déçus de ne pas avoir sous le main le véritable Io l'Aveugle en chair et en os pour lui mettre des coups de boule, les êtres bleus et roux semblaient avoir décidé de se battre entre eux, en une mêlée confuse, ce qui laissait au pluvian toute largesse pour les détailler de plus près. Vêtus de kilt, arborant des épées presque aussi grandes qu'eux, ils devaient leur couleur bleu aux tatouages et à la teinture qui recouvraient leur corps.


Qu'une boule de plumes colorées puisse ainsi observer des intrus avec une suspicion toute policière mérite quelques explications. Les pluvians sacrés sont des créatures mythiques qui servent Offler, un dieu à tête de crocodile originaire du Klatch. Ils parcourent le Disque-Monde, espionnant les commérages et les rapportant au dieu, tout en lui nettoyant les canines. Seulement, les pluvians sont désormais affectés à la surveillance de la résidence divine, suite à l'émoi provoqué par de récents incidents impliquant l'irruption à Dunmanifestine d'une horde de héros barbares qui, après avoir écumé les continents jusqu'à l'incontinence, étaient venu expliquer, épées et cannes orthopédiques brandies, que la vieillesse, ça craint, et que les dieux auraient mieux fait de leur éviter ce désagrément.

«  - Grand-Will, y'a un waseau aeputant** comme c'est pwint crawyabe qui nos raviseu, observa Jock-Jock
 - Aeputant comment ? fit Grand-Will, la voix de l'autorité, autorité actuellement très occupée à consciencieusement marteler le crâne de Grand-Yann avec l'Oeuf de la Poule Originelle.
- Bonjour, seriez-vous des pixies ? chantonna l'oiseau.
- Des Picties ! » tonna Moyen-Yann en brandissant le poing.

Les picties, appellés aussi Nac Mac Feegle ou encore ch'tits hommes libres ou plus souvent « Hé, rendez-moi ma vache ! », étaient techniquement des fées, mais avaient la désagréable habitude d'estourbir ceux qui se risquaient à leur attribuer ce nom. En effet, ils avaient autrefois vécu au Royaume des Fées jusqu'à ce que, selon la version des Nac Mac Feegle, ils s'exilent pour ne plus être forcés à piller les biens de ceux qui en étaient déjà dépourvus ou, selon les mauvaises langues, jusqu'à ce que la Reine les fiche à la porte, lasse de les voir se battre, voler et se saouler à longueur de journée. Ils vivaient désormais sur le Disque-Monde où ils continuaient à s'occuper de la meilleure manière qu'il soit : ils se battaient, volaient et se saoulaient.



* Il ne s'agit nullement d'un blasphème, mais de la simple application d'une loi universelle. Toute statue érigée en l'honneur d'une grande personnalité finit par générer spontanément des pigeons ou leur équivalent local et se faire déféquer dessus. Ne devenez jamais une grande personnalité.
** Selon le glossaire Feegle de miss Perspicacia Tique : Aeputant, "Bizarre, étrange. Signifie parfois oblong, pour une raison inconnue".
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Message  Catsidhe le Ven 25 Déc - 5:09

« - Je suppose qu'il n'y a aucun espoir que vous acceptiez de remettre les reliques à l'emplacement où vous les avez trouvé ? siffla le pluvian sacré.
- Je crwa pwint, sauf vot' respaect. N'importe coumaet, c'était pwint propre de les laisseu traeneu partout comme cha.
- Et je pense que vous avez noté que mon collègue s'est envolé avertir le Suprême Offler ?
- Win.
- Vous ne tentez pas de fuir ? Le Suprême Offler n'est pas dieu à tolérer pareils blasphèmes. »

Un sourire s'élargit au milieu de la toison rousse de Volala Roulette, un sourire qui signifiaient qu'il attendait Offler de pied ferme pour lui apprendre dans la douleur ce qu'était vraiment un blasphème. Les Nac Mac Feegle ne mesurent certes qu'une bonne quinzaine de centimètres, mais une quinzaine de centimètres capable de filer à une allure que l'œil humain peine à suivre, à passer de monde à monde comme d'autres vont chez l'épicier du coin et à rentrer dans vos propres rêves pour y vider la réserve d'alcool. Surtout, ils ont la certitude dure comme une bille d'acier qu'ils peuvent assommer toute chose qui respire et qui à une tête. Certitude, il est vrai, maintes fois confortée par l'expérience.

Néanmoins, pour cette fois, la kelda avait ordonné à la petite escouade de ne pas se faire remarquer durant leur expédition. Dans la structure sociale des Nac Mac Feegle, on respecte les ordres de la kelda, sorte de reine des abeilles, seule femelle et mère de la plupart des membres du clan. Même si l'expédition en question avait choisi d'interpréter « ne vous faites pas remarquer » comme « Baladez-vous en braillant et en chantant, avec votre butin bien en évidence, servez vous généreusement au buffet de la Grande Salle, plaignez-vous ouvertement que le mousseux n'est pas un alcool fort, mais, s'il vous plait, ne vous battez pas avec les dieux ».

« - Ce sera pour eun autre fwa. On fout l'camp, conclu Grand-Will à l'adresse des trois autres picties. Vos connaesseuz l'procédé, vos reprenez vot patte de tape et on y va.
- Vous ne vous en tirerez pas comme ça, Grand-Will ! » piailla l'oiseau en prenant son envol.

La table marbre et son pesant chargement reprirent leur chemin, soutenue à chaque pied par un pictie, d'un pas un peu plus pressant. Les meilleurs coursiers du Disque auraient eut de la peine à la rattraper en dépit de son manque flagrant de profilage.

« - Le waseau connait vot nom, Grand-Will, souffla Jock-Jock.
- Win, vos l'aveuz dit tout haut daevant lui ! Mais il va pwint s'en servi contre mi. Un waseau a pwint d'bras. Pwint deu bras, pwint deu gribouille sur des papiers embrouyeux. »

Les Nac Mac Feegles domineraient tout les mondes connus s'ils n'avaient pas, un peu comme cet héros de la guerre de Tsort, qui était invulnérable partout, sauf au talon (et qui était suffisamment sot, connaissant ce fait, pour se rendre sur un champ de bataille sans une paire de bonnes godasses renforcées), une faiblesse. Ils avaient les documents écrits en épouvante, notamment les redoutées « assignassions de saesies » que délivraient d'odieux « hommes de lwa ».

Les Nac Mac Feegles passèrent le portail de Dunmanifestine. Les lourds nuages qui encerclaient en temps normal le Cori Celesti s'étaient dissipé, ce qui aurait offert au regard un panorama splendide des montagnes enneigées du Moyeu, si l'atmosphère n'était pas étrangement trouble et déformée, grésillante et suintante. Quelque chose allait bientôt se lever alors que les picties se préparaient à une descente quasi verticale le long du sommet du Disque-Monde.

« - Peutaete que Offler conwna les aecriteur, lui, hasarda Volala Roulette.
- J'ai pwint la trouye des hommes de lwa et deu leur papiers timbrés, mi !"

Dans la lointaine Überwald, un éclair aurait ponctué cette fanfaronnade, selon le principe de la causalité narrative*. Le manque de condition atmosphérique favorable poussa le principe de causalité à se manifester dans une flamboyante explosion de lumière irisée, qui embrasa le Cori Celesti et fit hurler de terreur les picties.

« - Oh Bondlae de bondlae de bondlae ! Offler nos envwa les hommes de lwa ! Ils ont nos noms ! On est fait ! Bondlae ! pleurnicha Grand-Yann.
- C'est pwint not faut ! Elle est pwint à nos c'te tape ! 
- Elle est pwint à nos et on l'a pwint volé non plus, pour seur ! Elle aetait là quand on est arrivé ! » cru nécessaire de préciser Jock-Jock. 

Le phénomène qui terrorise nos malheureux Nac Mac Feegle n'a évidemment rien de divin, d'autant qu'on a jamais vu d'hommes de loi escalader des montagnes sans de considérables avances sur honoraires. Il ne s'agit que d'un simple phénomène surnaturel, l'Aurora Coriolis, due à la réflexion de la lumière sur l'intense champ magique du Moyeu. Ou à un phénix qui danse disent les sorcières, qu'il n'est jamais bon de contrarier même lorsqu'elles racontent des balivernes.

Seulement, il n'est jamais bon de croire trop fort dans les dieux ou les croquemitaines sur le Disque-Monde, en particulier au Moyeu, centre magique du monde, en particulier pendant une Aurora Coriolis. Les entités surnaturelles sont des parasites qui naissent et se nourrissent de foi.

Clic ! Clic !

Le claquement caractéristique -et funeste pour un picsie- des fermoirs d'attachés-caisses qu'on ouvre. Les quatre Nac Mac Feegle savaient avant même de se retourner l'Horreur qui se tapissait derrière eux, car cette Horreur provenait de leurs propres cauchemars, des cauchemars peuplés d'assignassions de saesies.

Trois hommes de lois planaient, l'air sinistre. Un gros bonhomme portant une toge rouge de magistrat, une longue perruque, lisait d'un air consterné de longs rouleaux de papiers que lui sortaient de leurs attachés-caisses, deux avocats à l'air de fouine, en costume gris.


L'homme en toge les considéra gravement et s'éclaircit la voix.

« - Le Ministère Public invite la Cour à constater que les Sieurs Grand-Will, Moyen-Yann, Jock-Jock et Volala Roulette ont toujours en leur frauduleuse possession le corpus delicti, voilà qui nous permettra une justice prompte et équitable ! gronda l'homme en rouge.
- Les parties civiles invitent la Cour à prendre connaissance, outre les délits de violation de propriété privée, dégradations, vols commis en flagrance à l'encontre de nos clients, d'une liste de quatre mille trois cent quatre-vingt deux chefs d'inculpations commis sur cent quatre mondes par les accusés... » débitèrent en chœur les costumes gris.




* Dans tout les univers a peu près correctement réglés circule le narrativium, élément chimique dont la principale caractéristique est de forcer les évènements à s'organiser en un schème narratif décent, en une histoire avec un début, un développement et une fin qui la résout. Ce n'est pas un hasard si une roue en flamme s'échappe toujours vers les observateurs après un accident : c'est le narrativium.



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Message  Catsidhe le Ven 25 Déc - 6:16

C'est un trou de verdure où chante une rivière, un homme y git, bouche ouverte, le front en sang. Il se redresse trop vite et la tête lui tourne. Il ignore encore qu'il se trouve dans le Monde des Douze.

Ses pensées se brouillent. Il ne devrait pas être un géant, se dit-il, même si dans sa tête, il prononce le mot jaeyant. Il est un humain, c'est sûr, mais ce n'est pas normal.

Il se pencha vers l'onde, afin y nettoyer sa blessure et ne pu manquer son reflet. Oreilles pointues, pas un humain. Le mot "elfe" lui vint spontanément à l'esprit et il cracha à terre sans trop savoir pourquoi.

- « Va plus falloir que j'approacheu... j'approche du fer. » murmura t-il. C'était une pensée insolite. Il y avait certainement une logique cachée derrière cette réflexion, mais elle lui était insaisissable pour le moment.

Comme une réminiscence, un voile de terreur obscurcit sa conscience et il revit ces trois types qui lui débitaient une liste de crimes qu'il avait très certainement commis. Quelqu'un s'était défendu, avait dit « C'est pas de ma faute, je vous jure, mon père était un voleur, mon grand-père un voleur, on a jamais vu un membre du clan acheter quoique ce soit ! C'est du déterminisme social ». Enfin, il l'avait dit, mais avec un accent bizarre et une intonation exotique.

Ils avaient été quatre, ils avaient été petit, bleus et roux, ils s'étaient enfuis en emportant une grosse table chargée de trésors, mais ils ne s'étaient pas enfuit en courant. Ils avaient « sauté ». Ils avaient sauté à la fois d'une montagne vertigineuse et sauté hors du monde, ils avaient voulu glisser dans un monde parallèle, comme ceux de son espèce le faisaient en cas de coups durs.

Ceux de son espèce...

Il commençait à se souvenir. Il était un Nac Mac Feegle et il s'appelait Grand-Will. Mais pendant la glisse d'un monde à l'autre quelque chose s'était détraqué. Etait-ce la sanction des hommes de lwa ? Etait-ce la magie de l'Aurora Coriolis ? Il avait vu Jock-Jock se déformer, se transformer en banane azurée, en girafe bleue, en carriole bleu claire, puis en chat gris, en passant par plusieurs formes intermédiaires tordues et déplaisantes. D'ailleurs pas loin de lui, une sorte d'homme-chat gisait, pareillement atteint au front. C'était probablement Jock-Jock, mais il lui était pénible de le désigner par ce nom : ces sonorités lui paraissaient échouées sur des rivages qu'il avait à peine connu et qu'il ne reverrait jamais. Son propre nom lui filait comme du sable entre les doigts.

La douleur de son crâne lui vrillait les tympans, tirant par la manche les souvenirs les plus récents.

Un troll ! La table s'était aussi transformée, elle s'était animée, redressée et avait grogné. Ils s'étaient retrouvés comme quatre couillons à tenir fermement pieds et bras d'un foutu troll, un géant en pierre brute, puis ils avaient tenté de se battre en vrais Nac Mac Feegle. Ils avaient l'un après l'autre assenés un coup de boule à un rocher vivant.

Et l'un après l'autre, ils s'étaient fracassé, volontairement, le crâne contre un rocher. Leurs nouvelles morphologie étaient manifestement inadaptées aux nobles et immémoriales traditions martiales des Chti hommes libres.

Chancelant, il s'approcha d'une silhouette qui cherchait à se relever en gémissant. Bondlae de bondlae ! C'était Volala Roulette, et il s'était fourré dans le corps d'une fée des bois. Un pixie tout droit sortie d'un conte pour enfant de jaeyant ! Toute une vie d'honnêtes rapines et de saines bagarres pour écoper d'une peine si lourde, se voir transformé en suppôt de la Reine des fées ! Il arborait même des petites ailes mignonnes et de charmantes oreilles pointues ! Une abomination.

Maudissant les « hommes de lwa » et tout ceux de leur engeance, il secoua le malheureux.

- « Volala, Volala. C'est Grand-Will. N'essaie même pas d'ouvrir les yeux, t'es dans un état trop affreux, tu le supporterais pas. Est-ce que, par hasard, tu te souviens de comment on change de monde ? Celui-là m'a l'air invivable et j'arrive plus à faire le truc. »
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